Lacrymo et marche pour le climat

Au moment où je termine d’écrire, cela fait plus de 15 heures que j’ai respiré de la lacrymo et j’ai toujours ce goût, cette odeur dans la gorge. Je ne le regrette pas. Mais j’aurais voulu ne pas avoir à le faire. Petit retour sur hier, ce que j’ai vu, vécu, sur la non-violence nécessaire et pourquoi nous devons manifester sans autre protection que nos corps.

Climate Alarm, 8 décembre 2018

Hier, c’était jour de Climate Alarm à travers le monde. Le but ? Faire du bruit pour que cela s’entende à Katowice, où se déroule la COP 24. La manifestation était déclarée et prévue de longue date.

Cette marche, contrairement aux marches de septembre et octobre, se déroulait après plusieurs jours de mouvements sociaux parfois violents, de répressions. Les organisateurs voulaient une marche pacifique (cf par exemple la présentation de la marche de Toulouse sur Toulouse), comme les précédentes. Il y avait des enfants.

Mais, à Toulouse, des individus ont tenté de sortir du chemin balisé de la manifestation, ce qui a déclenché les tirs des lacrymos… et des comportements violents en queue de cortège, aussi bien à l’encontre des biens que des CRS.

Oeil pour oeil et le monde sera aveugle – Mohandas Karamchand Gandhi

Masques à gaz dans le cortège

Certains portaient des masques pour se protéger du gaz lacrymogène. La situation vis à vis du gaz lacrymogène est finalement la même que celle vis à vis du climat : ce sont ceux qui ont le moins de protection qui en subissent les conséquences. Ce devrait être la première des raisons pour ne pas porter de masque ou chercher à se protéger pendant des marches pour le climat.

Mais, la première, c’est celle inhérente à toute manifestation non-violente : ne pas se protéger volontairement c’est encourager la décroissance de la violence et de la répression. C’est s’obliger à trouver d’autres voies. « La violence crée plus de problèmes qu’elle n’en résout » disait Martin Luther King.

Ne pas courir, ne pas courir. – entendu lors des tirs de lacrymo, de la part des organisateurs, pour éviter tout mouvement de foule

Si la non-violence, organisée, est la meilleure arme qu’on puisse utiliser, dans un système oppressif, comme le dit le pasteur, c’est évidemment encore plus le cas dans un système démocratique, dans un cadre républicain. L’opinion publique sera toujours contre les actes violents, d’où qu’elles viennent.

D’ailleurs, dans le cortège où se trouvaient les organisations politiques, associatives, les ONG, les entreprises de l’ESS, personne ne portait de masque… ou juste du maquillage et un nez de clown. C’était la situation normale pour une manifestation pacifique, non-violente, où les revendications concernaient le climat, où l’on dansait  sur le rythme des batucadas, comme j’ai pu l’écrire dans mon live-tweet. La marche pour le climat était pacifique et fut un succès.

Il est étrange, d’ailleurs, de voir la Secrétaire d’Etat Emmanuelle Wargon se féliciter de la réussite de la marche, comme si c’était une validation de l’action du gouvernement… alors que, justement, cette action fait largement défaut.

Et les dégradations ?

La défiguration de la ville, les pillages, les dégradations, les violences, largement relatées par la presse cachent et gâchent ce qui aurait pu être un bel après-midi, même si le maire de Toulouse a dit à BFM qu’il n’y avait pas eu de dégradation majeure (les habitants des Amidonniers, Saint-Cyprien, Patte d’oie, Arènes, apprécieront…).

Je trouve intéressant qu’Anne Hidalgo, à Paris, et Nadia Pellefigue, à Toulouse, aient utilisé la même expression, « prendre soin » . Si c’est évidemment important pour nos villes, c’est ce que nous voulons aussi continuer à faire pour notre planète aussi. Au delà des gestes quotidiens, individuels, cela ne peut que passer par d’autres mobilisations collectives, dans l’espace public ou dans l’intimité d’un isoloir.

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