À résidence, tu resteras.

rue

Depuis le début de l’état d’urgence, on trouve de nombreux articles sur les assignations à résidence, sur les pointages et perquisitions que doivent subir des citoyens lambdas. Tout cela est fait sans justification, puisque c’est le propre de l’état d’urgence de n’en avoir pas besoin. C’est ontologiquement injuste puisqu’il n’est pas fait appel à un procureur ou un juge au préalable. La police a le droit à l’arbitraire puisqu’il semble acquis que cela fonctionnerait mieux ainsi. Piètre message adressé par le Gouvernement et le Parlement sur la fiabilité de notre système démocratique !

Mais c’est d’un autre état de fait dont je veux parler. L’assignation à résidence consiste à ne pas pouvoir quitter son appartement la nuit (entre 20h et 6h du matin par exemple), en plus de devoir rester dans sa commune en journée. On ne peut que constater que c’est une privation de liberté forte, celle de se déplacer. De facto, elle entraîne une restriction d’accès à la culture, à la recherche d’un emploi, aux liens sociaux. Tout cela sans justification. Si l’état d’urgence devait perdurer, des générations grandiraient dans des sociétés à plusieurs vitesses !

Lorsque j’ai lu le témoignage de Joël Domenjoud, militant assigné à résidence cela m’a fait penser à la situation des transports dans les villes et périphéries: ces bus qui ne fonctionnent plus après 20h, ces TER qui circulent plus tout juste après. A chaque fois, c’est la même chose: on contrôle les déplacements des personnes. On assigne à un quartier, à une commune, à la périphérie. En restreignant l’accès à la culture, à l’emploi, aux liens sociaux, c’est aussi la citoyenneté qu’on restreint.

On m’objectera que, à défaut de transports en commun, il y a toujours les transports individuels: taxis, vtc, vélos, covoiturage… C’est vrai. Mais c’est beaucoup plus complexe à utiliser pour l’individu.

On pourra me faire remarquer aussi que s’il n’y a pas de transport, c’est qu’il n’y a pas de demande ou qu’elle est moindre. C’est vrai aussi. Les transports en commun sont calqués sur les cycles de travail et sur les ouvertures de magasins. C’est sans doute logique puisque les entreprises financent en partir les dits transports mais l’organisation de la société devrait aussi permettre ce qui « fait société »: loisirs, vie associative, culture, amitiés, amours.

A Toulouse, quand j’ai su qu’il y avait des tarifs jeunes vraiment avantageux (10€/mois !) pour Tisseo (dont le métro), j’ai immédiatement pensé que cela pouvait rapprocher les périphéries du centre. En Haute-Garonne, les transports en commun gratuits pour les personnes privées d’emploi (TER, cars et bus) participe à la même logique. Mais il faudrait maintenant regarder les horaires de ces transports !

La technologie nous aidera peut-être, grâce aux automobiles partagées, autonomes, aux bus, trolleys ou trams autonomes eux aussi. Mais le politique devrait d’ors et déjà se saisir de cela car, après tout, ce n’est qu’une question de justice.

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