Cachez ces FEMEN… 1

Philippe Bilger s’est commis d’un petit billet sur les FEMEN. Il a, à leur endroit, quelques reproches, suite apparemment à l’action des activistes à la cathédrale Notre-Dame de Paris et au reportage « Nos seins, nos armes » réalisé par Nadia El Fani et Caroline Fourest.

Que reproche, donc, l’ancien avocat général, à ce groupe de féministes ?

Sur le but : « elles tuent le féminisme authentique, avant de se demander à quoi elles servent. »

Sur les moyens d’action : « ridicules et pitoyables prestations. Leurs poitrines dénudées et peintes. Leurs seins qui prennent froid au lieu de nous donner chaud. Le triste et satisfait étalage d’une féminité s’efforçant de disparaître derrière un dévoilement intempestif et y parvenant trop bien. (…) on regarde leurs seins sans être émus,  (…) on lit leurs slogans et écoute leurs cris sans être le moins du monde touchés (…)

Sur les conséquences : « intelligence ainsi pervertie, (…) la révolte ainsi dévoyée et (…) la féminité ainsi dégradée« .

Du lourd !

Je ne suis pas spécialiste es féminisme. Je ne doute pas une seconde que Philippe Bilger ait plus réfléchi que moi. Cependant, en relisant l’article Wikipédia sur le féminisme, je ne vois rien concernant un « féminisme authentique« . Ah, si, peut-être : « L’objectif principal de la « première vague du féminisme » est de réformer les institutions, de sorte que les hommes et les femmes deviennent égaux devant la loi« . S’attaquer à une institution religieuse dont tous les ministres sont des hommes, pour le coup, est donc très pertinent (lire, à ce propos les réactions d’Inna Schevchenko).

Est-ce que les moyens qu’elles utilisent, eux, sont pertinents ? Je ne sais pas. Elles réussissent à faire parler, elles interpellent sans aucun doute. Elles contre-viennent à la loi ? C’est un autre débat mais je ne peux m’empêcher de renvoyer au billet de Caroline Fourest. S’il y a infraction, c’est au juge de le dire, pas à moi, en tout cas, au procureur de le prouver, avec d’autres arguments que ceux de Philippe Bilger.

Pour notre magistrat, le champ lexical est sensuel. Pour qu’il y ait féminité, les seins doivent procurer de l’émotion, doivent « donner chaud« . Or, on le comprend bien, pour lui, les FEMEN ne sont plus féminines. Voilà donc des femmes qui ne pourraient plus être des femmes ? Une femme ne pourrait donc être femme sans éveiller du désir ? En tous lieux, vraiment ? Les FEMEN crient, certes. Mais, parce que ce sont des femmes, faudrait il qu’elles chantent leurs revendications avec, évidemment, une belle voix ?

Je ne voix pas comment on pourrait juger une action sur des critères esthétiques. Les critiques sont fortes lorsque les mannequins sont photoshopés dans les magazines, parce qu’ils renvoient à des canons de beauté inatteignables et donc générateurs de troubles comportementaux. Une femme doit elle obligatoirement ressembler à une figure de mode et n’est elle que par le regard qu’on porte sur elle ? Il y a, dans la réappropriation du corps, tout ce qui fait le combat des Femen.

Les féministes sont nécessaires et, vue la réaction de Philippe Bilger, il me semble que celles-ci sont utiles. Je vous invite à regarder le documentaire sur les FEMEN (que j’ai vu… après avoir écrit la quasi totalité de ce billet, merci M. Bilger), en tout cas, pour comprendre, au moins, à quels dangers les femmes de ce mouvement arrivent à échapper, comment elles en arrivent là, pour que les hommes ne dominent plus les femmes, que nous ayons les mêmes droits, partout.

Edit :  KDFA avait fait un hangout avec une FEMEN française il y a quelques mois.

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